vendredi, 09 décembre 2011

Lu dans "L'Art français de la guerre" d'Alexis Jenny

"Mais en 1943 justement il est inconvenant de se plaindre : ailleurs le froid est bien pire. En Russie par exemple, où se battent nos troupes, ou leurs troupes, où les troupes, on ne sait plus comment dire. En Russie le froid agit comme une catastrophe, une explosion lente qui détruit sur son passage. On dit que les cadavres sont comme des bûches de verre qui se cassent si on les porte mal, ou que perdre un seul gant équivaut à mourir car le sang gèle en aiguilles et déchire les mains; ou que les hommes qui meurent debout restent ainsi tout l'hiver, comme des arbres, et au printemps ils fondent et disparaissent, et aussi que nombreux sont ceux qui meurent en baissant leur culotte, l'anus figé. on répète les effets de ce froid comme une collection d'horreurs grotesques mais cela ressemble aux racontars de voyageurs qui profitent de la distance pour en rajouter. Les bobards circulent mêlés à du vrai sans doute, mais qui, en France, a le moindre intérêt, la moindre envie, ne serait-ce que le moindre reste de rigueur intellectuelle ou morale pour faire encore le tri ?"

Alexis Jenny, L'Art français de la guerre (2011).

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15:32 Écrit par Marc dans Citation, Lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : l'art français de la guerre, alexis jenny, citation, lecture, goncourt | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer |